Chaque année le vingtième arrondissement accueille l’Union des Déportés pour commémorer ce tragique épisode de notre histoire contemporaine. Il s’agit d’accomplir un devoir de mémoire bien sûr, mais cette démarche s’impose à nous tous jean michel Rosenfeldavec la force de l’évidence : qui peut oublier que les collines de Belleville et de Ménilmontant pleurent encore les enfants, les petits-enfants des familles, réfugiées des années vingt et trente, qui ont été massacrés par les rafles et la déportation, opérées le plus souvent par des policiers français ?
Comme il est facile de parler des tragédies du passé, bien installé derrière un pupitre. On décrit, on raconte, on évoque mais, malgré le désir de dire le vrai, on met à distance. Comment transcrire les cris d’horreurs des êtres que l’on vient arrêter ? Comment faire entrevoir les silhouettes fantomatiques au long des routes et des lignes de chemin de fer ? Comment ? En écoutant d’abord tant qu’ils en auront la force, les témoins qui racontent ce qu’ils ont traversé.
Comment ? En suivant au plus juste la réalité de la barbarie.
Comment ? Par la transmission, il faut pourtant  bien transmettre le flambeau des souffrances endurées pour que jamais ne se reproduisent les drames. Ainsi les générations nouvelles ont-elles, malgré tout ce que l’on prétend à leur sujet, grâce à vous pris conscience des exigences morales et éthiques de l’Histoire. Bien entendu, l’esprit de confusion menace à chaque instant, les représentations faciles l’emportant souvent sur le désir d’analyse. Mais nous ne devons pas désespérer des jeunes gens, souvent sensibles et mobilisés par la volonté de comprendre, toujours bouleversés quand on leur explique ce que fut le sort des déportés et surtout lorsqu’ils se rendent à Auschwitz.
Aujourd’hui, je ne peux m’interdire de vous dire mon émotion. Je vous accueille pour la dernière année, en tant que maire adjoint du vingtième arrondissement. Votre ferveur et votre chaleur humaine, jamais je ne les oublierai. Près de vous je resterai, citoyen mobilisé par le souvenir et la vigilance. Treize années durant, j’ai soutenu avec Michel CHARZAT vos rassemblements. Puissions nous poursuivre ce compagnonnage de longues années, la fraternité se renforçant au fil du temps.

Jean-Michel Rosenfeld