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Paroles du 20ème

N’OUBLIONS PAS LA COTE D’IVOIRE PAR HAMIDOU SAMAKE

9 mars 2011 | Commentaire ?

Après la Tunisie, l’Egypte. L’histoire de ces deux pays s’accélère. Après des semaines de soulèvements et des centaines de morts, deux dictatures ont été “dégagées”.  L’onde de choc de la révolution pour la démocratie est train de balayer  le monde arabe. Elle n’est peut-être pas arrivée à sa fin.La question qui revient en tête est: quel sera le prochain pays à “dégager” son pouvoir autoritaire ? La Libye est bien partie pour en finir avec le dictateur Kadhafi. Elle ne sera peut-être pas le dernier pays  du monde arabe à le faire. On l’espère. Les progressistes du monde entier admirent ces révolutions pacifistes et fraternisent  avec ces peuples qui aspirent à la liberté et à la justice. On le voit bien, il ne peut pas exister de liberté et encore moins de justice sans démocratie. Le combat pour la libre expression des peuples à décider  est inséparable du combat pour la démocratie.Chacun le comprend aujourd’hui : la démocratie est universelle et ne serait réservée qu’à quelques pays. La démocratie est un combat mais aussi un apprentissage et reste le système de sélection des dirigeants et des politiques à conduire au nom de la société et de la nation.Ainsi, des élections démocratiques, ont eu lieu en Côte d’ivoire à la fin de l’année dernière. En effet, l’élection présidentielle tant reportée depuis cinq ans (l’équivalent d’un mandat) a pu avoir lieu avec l’assistance et la surveillance des Nations Unies. Un premier tour, sans incident ni histoire, a permis de sélectionner les deux finalistes. Ainsi, un second a eu lieu le 28 novembre 2010. Il opposait le président sortant Laurent Gagbo à son challenger Alassane Dramane Ouattara. Chacun se rappelle la suite, comme une vilaine histoire et une mauvaise fable, un cauchemar dont le dénouement n’est pas encore certain. En effet, le vainqueur désigné par les urnes et reconnu par toute la communauté internationale est Alassane Dramane Ouattara. Face à la non-reconnaissance des résultats des élections par le président sortant, le monde entier assiste à une véritable tragédie: deux présidents pour un seul pays, après une élection démocratique. Cette situation inédite dans cette partie de l’Afrique exige une issue rapide. Il y a urgence à trouver une solution.  La population qui en paie déjà un prix élevé avec des tueries dont le nombre et les auteurs restent encore à préciser. Le pays est paralysé et ce sont les citoyens qui subissent les conséquences de cette situation catastrophique pour l’économie, la vie sociale, politique et le vivre ensemble. Enfin, il n’est pas inutile de dire que ceci n’est pas un bon exemple pour illustrer et promouvoir la démocratie : à quoi sert une élection démocratique si cela génère plus de troubles et de massacres ?   Il est urgent de  sortir de cette situation. Il n’y a pas de solution évidente, la seule qui s’impose est le respect du résultat du scrutin du 28 novembre 2010.  Les progressistes du monde entier attendent une solution à la “crise ivoirienne” qui n’a que trop duré. Les principes doivent être affirmés et les valeurs défendues.

1.      Il ne s’agit pas d’avoir une vision partisane pour ou contre Laurent Gagbo ou Alassane Dramane Ouattara, mais de respecter le résultat issu des urnes d’une élection démocratique.

2.      La très forte participation électorale (plus de 80 % au premier tour) est un bon indicateur pour l’intérêt de l’électorat et l’importance du scrutin pour l’avenir du pays.

3.      La solution ne pourrait être une annulation de l’élection car cela voudrait dire qu’un scrutin peut être annulé si les résultats ne conviennent pas à une des parties prenantes. Le résultat des urnes s’impose à tous, si toutes conditions assurant le déroulement sont respectées et suivies.

4.      Le règlement de la situation doit être politique et pacifiste. Il ne peut être question de passer par les armes et la guerre, quels qu’en soient les auteurs ou les justifications.

5.      Il faut privilégier une solution politique sous l’égide des autorités africaines (Union Africaine, CDEAO, etc.), à défaut, une médiation plus large impliquant les Nations Unies.

6.      Il ne peut être question de diviser le pays en deux. Le faire serait un mauvais exemple et constituerait un encouragement à trouver dans  la partition d’un pays  la solution  dès lors qu’il y a “litige” sur les résultats d’une élection présidentielle.

7.      Les élections au Ghana voisin en 2008 ou celles du Sénégal en 2008 doivent servir de modèle: un président sortant peut perdre des élections qu’il a organisées, c’est le résultat des urnes qui compte. John Atta-Mills a été élu au Ghana en décembre 2008 contre Nana Akufo-Addo président sortant, avec un score par ailleurs très serré: 50, 23 % contre 49, 77 %. Au Sénégal, en mars 2000, Abdou Diouf laisse le pouvoir à Abdoulaye Wade, à l’issue d’un scrutin remporté très nettement par le second. N’oublions pas la Côte d’Ivoire. Le pays attend de passer à autre chose et de terminer ce cauchemar dans lequel il vit depuis déjà trois mois.

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