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Débats publics

COMPTE RENDU : DEBAT AVEC PHILIPPE ASKENAZY “LES DECENNIES AVEUGLES : EMPLOI ET CROISSANCE 1970-2000″

22 mars 2011 | Commentaire ?

Ce débat a eu lieu le 4 février 2011 à la Factorie. Le compte rendu a été rédigé par Hamidou Samake

Devant un auditoire nombreux et assidu, le sujet du jour l’impose, Le Président de VE20, Monsieur Jean-Michel Rosenfeld introduit le débat et l’invité, Philippe Askénazy, économiste, chercheur, et chroniqueur au journal “Le Monde”. D’entrée de jeu, le décor est posé, avec la première question exposée : les français sont-ils inaptes à la mondialisation ? Depuis quatre décennies, on a l’impression que les français n’ont pas le temps de souffler et sont victimes de déprime collective. En effet, on n’a jamais connu d’age d’or dans les quatre dernières décennies. En comparaison, la plupart des pays voisins ont connu leur âge d’or. On peut citer comme exemples, le modèle Benetton en Italie, le Polder des Pays-Bas, le Japon et même l’Irlande. Toutes les autres nations ont connu des moments où il n’y a pas cette déprime collective, avec ces moments où la société est capable de souffler et se faire entendre. Pour comprendre et expliquer, il faut revenir sur les schémas des modes de production du capitalisme des quatre dernières décennies. Après la grande phase de révolution de la production, on a connu la crise de 1970 qui était en fait la transition d’une révolution à une autre. On était entre le déclin des grandes industries lourdes (l’acier, les chantiers navals, …) et l’installation de la nouvelle économie (connaissance, arrivée de l’Internet,..) qui était elle, marquée par des gains considérables de productivité. Face à ces bouleversements, il est important d’avoir des schémas de compréhension des mécanismes économiques.Le pays était alors face à des choix politiques majeurs qui exigent des décideurs d’aller de l’avant et de faire preuve de moins de conservatisme. Force est de constater que les gouvernants français n’ont pas vu les évolutions qui se produisaient.A la fin des années 70, l’acier et les autres industries lourdes disparaissent parce que l’économie a moins besoin d’acier et a en revanche besoins de personnes plus qualifiées. La droite était au pouvoir, avec Raymond Barre aux commandes. Les jeunes ont été plutôt mis sur des voies de garage car n’ayant pas reçu les qualifications qu’exigeait l’économie. En effet, les jeunes n’étaient pas formés pour les nouveaux métiers. Autre date repère, 1993, au sortir de la guerre froide, avec Bill Clinton et Al Gore, la doctrine américaine est centrée sur les autoroutes de l’information. Il s’agit d’un grand changement: le passage de l’informatique classique à l’informatique en réseau, connu sous le nom de nouvelle économie. La France est passée à côté du train de cette nouvelle économie. De façon générale, les politiques françaises sont décalées et sont plus centrées sur la gestion du stock. La gauche aussi a été en décalage par rapport aux besoins de l’économie. En 1992, la France avec la gauche au pouvoir, va inventer des gisements d’emploi et ne fait que suivre en cela des modèles étrangers. En l’occurrence le modèle néerlandais où il y avait moins de chômage des femmes parce que les femmes voulaient travailler à temps partiel. Appliquer cette politique s’est traduit en France par du temps partiel contraint. En fait quand il y a des phases de rémission de l’angoisse dans un pays, c’est que 10 ans avant, il y a eu une construction et un avenir.Les politiques menées peuvent avoir des effets de long terme. Comment se sortir de schéma ?Il faut en revenir au rôle du politique qui est de donner une perspective, une vision de la France dans les 10 ou 20 prochaines années. Il faut regarder du côté de l’économie de services et des technologies vertes. En perspective, l’invité propose deux pistes (même s’il a insisté sur le fait que cela est le rôle des politiques) :

  • celle de la démocratisation scolaire avec comme objectif d’avoir plus de personnes qualifiées. Aux Etats-Unis, Obama est en train de multiplier par 3 le nombre d’étudiants. En France, il faudrait multiplier par 6 pour être au même niveau. La question posée est: comment accueillir les millions de chinois et autres qui viennent dans les universités ? Ces étudiants constituent de fait un élément de progrès et vont influencer sur le monde de demain notamment au niveau économique ;
  • celle de la réforme de la santé mise en place par Obama qui a pour but de rendre solvable l’augmentation des dépenses de santé, et en faire un vecteur de la croissance économique. Ce secteur pèserait pour environ le tiers de la croissance économique. Les soins peuvent être un élément majeur de développement. En transposant en Europe, il est clair que l’Europe des patients se construit. Ne serait-il pas opportun pour la France de se lancer dans ce secteur ? Pourquoi ne pas jouer cette carte, qui n’est pas polluante et qui ne délocalise pas ?

Après ce brillant exposé, il y eut une série de questions réponses entre la salle et l’intervenant. Ces questions portaient sur les 35 heures, le chômage des jeunes, la question budgétaire, … Les réponses ont été concises. Le mot de la fin est revenu à Madame la Députée George Pau-Langevin. Elle a salué les organisateurs, les participants et l’invité qui a su rendre accessible et concis un sujet trop souvent considéré comme académique.

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