Cette rencontre avec Camille PEUGNY, sociologue, maĂ®tre de confĂ©rences Ă l’UniversitĂ© Paris 8 autour de son ouvrage, paru en 2009, Le DĂ©classement a eu lieu le 20 juin 2011 au restaurant La petite Italie. Ce compte rendu a Ă©tĂ© rĂ©digĂ© par Hamidou SamakĂ©.
Dans la France actuelle, connaĂ®tre une moins bonne rĂ©ussite sociale que ses parents n’est plus exceptionnel: c’est une rĂ©alitĂ© sociale qui s’impose Ă tous. Les nouvelles gĂ©nĂ©rations, nĂ©es Ă partir des annĂ©es 60, sont plus instruites, mieux formĂ©es et ne bĂ©nĂ©ficient plus de “l’ascenseur social” qui caractĂ©risait la sociĂ©tĂ© française jusqu’aux annĂ©es 75-80. De lĂ , deux tentations pour les dĂ©classĂ©s: la rĂ©bellion et le refuge dans l’extrĂ©misme de droite ou le retrait de la vie de la CitĂ©.
Après une prĂ©sentation du l’invitĂ© par Jean-Michel Rosenfeld, le PrĂ©sident de VE20, Monsieur Camille Peugny a pris soin de dĂ©finir le dĂ©classement de façon très pĂ©dagogique. Qu’est ce que le dĂ©classement ? Comment peut-on le mesurer ? Quelles en sont les consĂ©quences politiques ?
Le dĂ©classement, qui n’est certainement pas un bon terme mais choisi Ă dĂ©faut d’en trouver un meilleur. Dans la France actuelle, connaĂ®tre une moins bonne rĂ©ussite sociale que ses parents n’est plus exceptionnel: c’est une rĂ©alitĂ© sociale qui s’impose Ă tous. Les nouvelles gĂ©nĂ©rations, nĂ©es Ă partir des annĂ©es 60, sont plus instruites, mieux formĂ©es et ne bĂ©nĂ©ficient plus de “l’ascenseur social” qui caractĂ©risait la sociĂ©tĂ© française jusqu’aux annĂ©es 75-80. De lĂ , deux tentations pour les dĂ©classĂ©s: la rĂ©bellion et le refuge dans l’extrĂ©misme de droite ou le retrait de la vie de la CitĂ©. Le dĂ©classement, qui n’est certainement pas un bon terme mais a Ă©tĂ© choisi Ă dĂ©faut d’en trouver un meilleur, dĂ©signe Ă la fois les inĂ©galitĂ©s entre gĂ©nĂ©rations et des individus qui sont tirĂ©s vers le bas. C’est donc tout le fonctionnement de la jeunesse qui est en jeu. En comparant les gĂ©nĂ©rations entre elles, on voit bien que les gĂ©nĂ©rations après 1960 voient leurs conditions de vie se dĂ©grader. Cette dĂ©gradation reste un marqueur de la vie de l’individu. On doit aussi se poser la question du dĂ©classement des diplĂ´mes, les jeunes qui ne sont pas embauchĂ©s Ă la hauteur de leur qualifications et diplĂ´mes. D’oĂą l’interrogation de savoir si les diplĂ´mes se dĂ©valorisent.
Après cette brève introduction, Monsieur Peugny a insistĂ© sur le fait qu’avant, il y avait une “moyennisation” de la sociĂ©tĂ©. Il y a trente ans, dans les 30 glorieuses, la France crĂ©ait 5 % de richesses en plus. Il y avait un mouvement d’aspiration vers le haut. Les jeunes pouvaient s’Ă©lever au niveau de la condition des parents.  Le dĂ©classement s’accompagne de nombreuses inĂ©galitĂ©s, par exemple l’accès des jeunes aux grandes Ă©coles, ce qui interroge sur un retour des classes sociales. Ainsi la France est passĂ©e d’une situation de plein emploi Ă une situation avec des millions de chĂ´meurs. Le paysage Ă©conomique a profondĂ©ment changĂ© avec la l’apparition brutale du chĂ´mage de masse et la prĂ©carisation. La situation dans laquelle nous vivons, ce nouveau monde avec la nouvelle manière du capitalisme, est marquĂ©e par une augmentation des inĂ©galitĂ©s inter gĂ©nĂ©rations : les trentenaires de 2000 vivent moins bien que ceux des annĂ©es 1980. Le dĂ©classement qui en rĂ©sulte peut survenir au cours du cycle de vie et touche les jeunes mais aussi les seniors. En faisant rĂ©fĂ©rence au livre d’Olivier Schwartz sur l’extension du domaine du dĂ©savantage social, Camille Peugny souligne que les premiers dĂ©classĂ©s sont les chĂ´meurs privĂ©s d’emploi et qui constituent en rĂ©alitĂ© une nouvelle classe sociale avec le poids du chĂ´mage de longue durĂ©e. De nos jours, il y aurait 2 millions de travailleurs pauvres et qui gagnent moins de 60 % du revenu mĂ©dian et constituent “le morceau de sucre dans l’eau qui se dissout par le bas”. Cette fois-ci, en s’appuyant sur les travaux d’Eric Morin (Peur du dĂ©classement), le vrai phĂ©nomène ce n’est pas le dĂ©classement mais la peur de celui-ci : avoir un CDI et le perdre. Un indicateur très rĂ©vĂ©lateur de ce phĂ©nomène : les dĂ©ciles de revenus. 30 % des individus sur la pĂ©riode ont connu une forte variation de leurs revenus, de 30 %. En rĂ©alitĂ©, les trajectoires personnelles d’appauvrissement sont majoritaires. Ce qui amène Ă aborder l’attitude par rapport Ă l’avenir. 62 % des europĂ©ens sont pessimistes. 74 % pour les français !
Après ces prĂ©cisions Camille Peugny s’attarde sur les consĂ©quences politiques du dĂ©classement. Celles-ci sont notamment nĂ©fastes pour la gauche car il entraĂ®ne des tensions entre classes sociales notamment en opposant les classes moyennes aux autres infĂ©rieures sur la carte scolaire, la CMU, les assistĂ©s, etc. En plus des tensions il y a le dĂ©veloppement du sentiment d’insĂ©curitĂ© de proximitĂ©. De facto, la question du dĂ©classement demeure un vĂ©ritable poison Ă©lectoral et interroge la place de la jeunesse en France.
Pour la jeunesse, il y a trois modèles d’accès Ă l’autonomie:
1. le modèle scandinave : l’Ă©tat accompagne l’accès Ă l’autonomie avec l’ouverture universelle des droits Ă 18 ans ;
2. le modèle des pays du Sud (Espagne, Italie) : c’est la famille qui assure l’autonomie et il n’est pas rare de voir les enfants ne quitter les parents qu’Ă 30 ans ;
3. le modèle anglo-saxon : le marché appui l’accès à l’autonomie à travers les prêts bancaires.
Aucun de ces modèles n’est parfait. En rĂ©alitĂ©, le modèle français n’existe pas et il serait plutĂ´t hybride : avec une très forte prĂ©sence de la famille et l’autonomie qui n’est pas assumĂ©e par la sociĂ©tĂ©.  De fait, il y a une “familialisation” de l’accès Ă l’autonomie, ce qui contribue Ă un taux de reproduction sociale qui reste effarant : 75 % des fils d’ouvriers deviennent ouvriers. Il y a trente ans, c’Ă©tait 84 %.
Que conviendrait-il de faire?
- crĂ©er des libertĂ©s et donner des chances en mettant en place l’allocation Autonomie pour l’accompagnement du jeune et donner ainsi Ă chacun les moyens de se construire. Il s’agit donc d’insuffler du dynamisme ;
- lutter contre les inĂ©galitĂ©s, Ă partir du système Ă©ducatif. L’origine sociale pèse le plus sur la carrière de l’individu. Il en est de mĂŞme pour le diplĂ´me. En France, existe le sentiment de dĂ©classement irrĂ©versible. On a comme l’impression que tout dĂ©pend de la formation initiale. Il faudrait au contraire multiplier les temps de formation ;
- assurer une formation tout au long de la vie. En France, il faut le reconnaĂ®tre, cela profite le plus aux cadres. Il faudrait mettre en place une formation initiale diffĂ©rĂ©e avec un compte formation Ă coupler avec le parcours d’autonomie.
Après ce brillant exposĂ©, il y eut une sĂ©rie de questions rĂ©ponses entre la salle et l’intervenant. Le mot de la fin est revenu Ă Madame la DĂ©putĂ©e George Pau-Langevin. Elle a saluĂ© les organisateurs, les participants et l’invitĂ© qui a su rendre accessible et opĂ©rationnel un sujet sur lequel nous reviendrons dans la prochaine campagne prĂ©sidentielle.



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